Le pourquoi de l’embargo sur les estimations (ou à peu près)

Depuis quelques jours, beaucoup de médias français, dont Libé, pestent contre l’interdiction de publier les estimations du vote avant 20h, c’est à dire avant la fermeture de tous les bureaux de vote. Puisque les concurrents confrères étrangers ne subissent pas cette interdiction et vont en profiter pour faire du clic et pas nous pour informer nos concitoyens, et puisque les réseaux sociaux permettent de contourner l’interdiction facilement sur le net, cette loi serait devenue “obsolète”. Plus précisément, les progrès de la technique ayant rendu la loi techniquement obsolète, celle-ci n’en serait plus justifiée.

Sur Twitter le “point de ralliement” est le hashtag #RadioLondres, en référence à la célèbre radio diffusée en France pendant l’occupation, car une atroce censure ferait rage. Mouais. Je vous laisse imaginer ce que les résistants qui écoutaient Radio Londres pendant la guerre risquaient s’ils étaient découverts, et comparer ça au risque que prennent les twittos actuellement, c’est à dire pas grand chose, vu qu’il sera impossible de sanctionner tous les contrevenants.

Et en plus la cause serait juste, puisque cette loi a été publiée “du temps de l’ORTF”, donc pas de raisons de ne pas se lâcher…

À quoi cette loi pourrait t-elle bien servir ?

Un petit rappel des raisons d’être de cette loi pourrait faire du bien. Je ne suis pas juriste, mais en l’occurrence un minimum de réflexion peut suffire pour comprendre l’intérêt d’une telle interdiction.

D’abord, il y a le risque de manipulation du vote. La publication d’une estimation avant que tout le monde ait voté pourrait influer sur la décision des derniers votants, avec éventuellement le risque de changer le résultat final du scrutin. Une personne ou un groupe disposant des moyens suffisants pour diffuser à grande échelle une estimation bidon pourrait ainsi favoriser un candidat.

(On me rétorquera qu’en 2002 on aurait ainsi pu éviter le cataclysme du 21 avril, mais c’est faire fausse route. D’une part il n’est pas garanti que ça aurait suffi, d’autre part, la dispersion des voix est un problème inhérent au scrutin uninominal. Autrement dit, c’est un problème du système de vote en place, et vouloir le résoudre autrement qu’en améliorant ce système de vote, c’est chercher à soigner les symptômes et non la cause du mal. Des types de scrutins différents, comme le vote de valeur, ont été proposés ou sont à l’étude pour essayer d’améliorer cet aspect, et il serait dommage d’occulter cet autre débat bien plus important pour une simple question d’estimations.)

Ensuite, il en va de l’égalité de tous les citoyens devant le vote. Ceux qui sont allés voter le matin ne doivent pas être pénalisés en information par rapport à ceux qui vont voter le soir. Or avec la publication des estimations avant la fermeture des bureaux, ceux qui n’ont pas encore voté au moment de cette publication disposeraient d’une information capitale que les autres n’auraient pas eu: quel a été le choix de la majorité des autres électeurs. Il y a ici une inégalité manifeste.

Et il y a un autre problème, d’ordre pratique celui-là, qui serait posé: c’est le fait que des électeurs puissent être encouragés à attendre la publication de ces premiers résultats avant de faire leur choix, pour bénéficier justement de cette information. Toute personne arrivée dans le bureau de vote avant l’heure de la fermeture devant pouvoir voter, si une partie des électeurs attendent le dernier moment pour se rendre aux urnes, on pourrait imaginer que des bureaux de vote se trouveront pris d’assaut à 19h55, retardant leur fermeture de plusieurs dizaines de minutes, le temps que tout le monde ait fini de voter, et retardant d’autant le début du décompte des voix dans ces bureaux. Retarder les résultats définitifs pour publier les estimations plus tôt. Paradoxal.

Et tout ça pour quoi ? Pour avoir le plaisir de publier des estimations avec deux heures d’avance. Youpi.

Mais la loi n’est pas adaptée !

C’est vrai, la loi n’est plus adaptée. Comme le souligne Eolas, la France ne peut empêcher les médias étrangers de diffuser estimations ou sondages, et il est également impossible de sanctionner les dizaines de milliers de contrevenants potentiels qui retweeteront lesdites estimations, croyant peut-être faire acte de résistance contre le système…

La loi peut néanmoins être adaptée. Il est trop tard pour cette élection, mais à l’avenir, deux simples mesures pourraient suffire à régler le problème: 1) l’interdiction des sondages de sortie des urnes, et 2) l’harmonisation de l’heure de fermeture de tous les bureaux de vote.

Pas d’estimations, pas de fuite des estimations.

Et pas de voix, pas de mandat.

Le piège-à-polémique de l’UMP

Bon, apparemment la campagne de l’UMP pour la préz’ 2012 se fera — quelle surprise ! — à l’extrême droite. Entre les sondages stigmatisants tenus sur le site du parti présidentiel, et le dernier “dérapage contrôlé” du Ministre des expulsions, Claude Guéant, sur la très supposée “supériorité” de la civilisation occidentale (soutenu dans sa démarche jusqu’au plus haut niveau de l’éxécutif, quand même), la thèse des “accidents” est de moins en moins crédible.

À mesure que défenseurs et détracteurs de Cloclo font la course aux points godwin (ici et ici1) et qu’enfle la polémique, l’UMP se frotte les mains. En fait, cette énième polémique est tout bénef’ pour la majorité. Elle lui permet de se victimiser sur fond de sujets clivants qui sont son fonds de commerce depuis bien avant les débats sur l’identité nationale, tout en restant aussi ambigu que possible. Le but étant de pouvoir se poser, selon l’auditoire, en défenseur des droits de l’Homme (sous le prétexte de condamner les “civilisations” qui ne les respectent pas encore) ou en protecteur de l’occident ou de la France face aux envahisseurs étrangers, pour ceux à qui ce genre d’idées (au logis) peut plaire.

D’un simple point de vue électoral, c’est aussi sans réel risque pour la majorité: un appel du pied aux électeurs du FN, qui ne risque ni de lui faire perdre des électeurs de gauche, vu qu’elle les a déjà perdus depuis longtemps sans espoir de les récupérer, ni de lui faire perdre des électeurs de droite ou du centre, vu que ceux qui n’ont pas été dégoûtés jusqu’à présent par l’avalanche de débats sur l’identité nationale et autres bêtises, ne le seront pas plus par une “petite” polémique supplémentaire, et ce d’autant plus que l’ambigüité de ladite polémique est telle qu’ils pourront y voir ce qu’ils veulent.

Mais surtout, ça permet d’occuper l’espace médiatique, et d’entraîner les contradicteurs éventuels sur un terrain plus favorable (ou moins défavorable) au parti présidentiel, pour éviter de parler de choses qui fâchent bien plus: l’injustice fiscale qui se poursuit (continuons tranquillement de réduire les impôts pour les riches en annonçant de nouvelles taxes pour les pauvres), les affaires (dont la récente mise en examen d’Eric Woerth soupçonné de “financement illégal de parti politique” pour la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007), ou la condamnation de la France par la Cour Européenne des Droits de l’Homme (pour, entre autres, traitements “inhumains ou dégradants” infligés à une fillette de trois ans et un bébé dans des Centres de Rétention Administrative)… Et cætera, malheureusement.

Or ces questions sont complètement ignorées des médias traditionnels. Attention donc à ne pas nous focaliser uniquement sur les polémiques: notre rôle est aussi d’alerter sur les autres enjeux.

Notes:

[1] De récentes lectures m’incitent à remettre en cause le supposé point godwin de Serge Letchimy

Débat: des différences plus marquées qu’on ne le croit

Malgré quelques piques, le débat d’hier est resté relativement courtois. L’exercice était périlleux: il fallait être capable de mettre en lumière les faiblesses et contradictions de son adversaire, sans tomber dans l’attaque personnelle. À mon sens, Martine Aubry a été plus précise et plus incisive, sans pour autant tomber dans l’agressivité. Mais à cause de la technicité du débat, certaines contradictions n’ont pas forcément sauté aux yeux. Voici donc un petit récapitulatif des désaccords sur le fond du débat d’hier.

Le Contrat de Génération

Désaccord le plus marqué, sur le Contrat de Génération, mesure phare du programme de François Hollande, que Martine a démonté avec pas mal de succès (le contrat, pas François…). En gros il s’agit d’une exonération de charges aux entreprises qui embauchent un jeune le temps qu’un de leur senior parte à la retraite, histoire de favoriser le transfert de compétences. Le problème, c’est que malgré son coût important, 8 milliards environ, cette mesure risque de ne pas créer beaucoup d’emplois, pour une raison simple, c’est que les entreprises qui ont intérêt à favoriser le transfert de compétences entre senior et jeunes le font déjà, car elles y sont déjà obligées pour assurer le renouvellement de leur main d’œuvre. Ces entreprises bénéficieront donc d’exonérations de cotisations sans réel bénéfice pour l’emploi, d’où l’effet d’aubaine dénoncé.

Aubry a aussi souligné que la grosse majorité des syndicats étaient opposés au projet. Ainsi, Maurad Rabhi, secrétaire CGT aux questions d’emploi, déclare: « Non seulement ce pacte générationnel pèserait lourdement sur les caisses sociales en ne réglant pas le problème de l’emploi. Mais encore il comporte le risque de créer des super effets d’aubaines pour les employeurs. Tout au contraire, il faut en finir avec les aides publiques versées aveuglement sans réelles contreparties ». Même diagnostic pour FO, et Solidaires qui qualifie le contrat de « bricolage couteux qui ne s’attaquerait que marginalement aux racines du chômage de masse ». Bref, pratiquement tout le monde est contre, sauf l’UNSA, qui adhérerait au truc. Après ce rappel de l’hostilité des syndicats à la mesure, François Hollande n’a pas insisté, et est rapidement passé à autre chose.

Le ralliement de Ségolène Royal

Pour justifier son ralliement à François Hollande, Ségolène Royal a dit que celui-ci avait intégré certaines de ses propositions, en particulier l’interdiction des licenciements boursiers. Pendant le débat, François Hollande a été interrogé sur le sujet et… a contourné la question, puis rappelé sa proposition de faire payer les entreprises qui licencient (qu’il avait déjà défendue dans les débats précédant le premier tour). Autrement dit, il n’interdirait pas les licenciements boursiers. Il est donc clair qu’il n’a pas du tout intégré la proposition de son ex-compagne, contrairement à ce qui était promis.

Par contre, il a bien fini par accepter le non-cumul des mandats, comme Aubry et Royal le défendent depuis longtemps, mais en précisant bien que c’était parce que “le parti l’avait voté”. Aubry lui a reproché d’avoir freiné l’adoption de cette mesure: “Le non cumul des mandats, tu le sais François tu n’étais pas d’accord.” N’oublions pas non plus que François Hollande est lui-même à la fois président du conseil général de Corrèze et député, donc peut-être mal placé pour défendre ce non-cumul. Quoi qu’il en soit, ce changement de position reste tout de même une bonne chose, en espérant qu’il soit définitif.

L’histoire du redoublement

Hollande a proposé l’embauche de 60 000 profs de plus, financée par la fin des redoublements (mesures qui s’équilibreraient à 2.5 milliards d’euros chacune). Le souci, c’est que d’une part, le redoublement est souvent utile, voire inévitable pour ne pas envoyer dans une classe des élèves qui n’ont pas le niveau (il n’a pas précisé comment éviter ça). Mais d’autre part, les économies supposées par la suppression du redoublement sont en fait des économies de profs. Ben oui, le coût supplémentaire du redoublement, c’est avant tout un coût en personnel pour prendre en charge les élèves qui restent plus longtemps dans le circuit scolaire. Donc l’idée serait de financer l’augmentation du nombre de profs par une diminution du nombre de profs…

Hollande a tenté d’expliquer la contradiction (apparente ?) par le rétablissement d’une année de formation supplémentaire des professeurs à l’IUFM, qui nécessiterait 16 000 postes dès la première année. Ça peut sembler cohérent, mais dans ce cas pourquoi promettre des postes en plus, puisqu’il s’agit plutôt de réaffecter les postes ? L’argent économisé par la suppression du redoublement permettrait une meilleure formation des enseignants. Dit comme ça, ça semble revenir au même.

La retraite à 60 ans

Une attaque d’Aubry a été malheureusement maladroite, c’est sur le sujet des retraites. Martine Aubry s’est pris un peu les pieds dans le tapis, et a été relativement peu compréhensible sur ce sujet. C’est dommage, car ici aussi la contradiction mérite d’être soulignée. Si elle a cité Pascal Terrasse, c’est parce qu’il s’agit du responsable du dossier des retraites de François Hollande. Elle n’a pas non plus cité mot pour mot ce député, qui s’était déclaré quelques jours avant opposé au retour à 60 ans, voire même favorable à l’augmentation de l’age légal de départ. C’est pourtant instructif (citation de Mediapart):

« En France, nous avons eu une réforme dure qui a instauré une borne d’âge un peu plus courte qu’ailleurs mais avec une durée de cotisation beaucoup plus longue que chez nos voisins européens. Pourtant, compte tenu de la situation de la CNAV et de ses déficits auxquels les deux réformes Fillon n’ont pas mis fin, je ne pense pas que nous reviendrons sur la borne d’âge (des 62 ans). La vérité, c’est qu’il faudrait qu’on aille à 65 ans pour arriver à trouver les équilibres financiers compte tenu des enjeux démographiques. » Il semblerait donc que le principal conseil de François Hollande en la matière soit favorable à une augmentation de l’âge de la retraite, quand Martine Aubry et les autres candidats se sont prononcé clairement pour revenir à 60 ans.

À noter que Hollande a accusé Aubry d’avoir mal compris son conseiller, et que Pascal Terrasse a ensuite publié un démenti. Démenti qui s’est avéré être bidon… Pas de bol, Libération s’est procuré l’enregistrement de son intervention où il prône la retraite à 65 ans, et il n’y a aucune ambiguïté possible sur ses propos. Il a ensuite affirmé avoir parlé “à titre personnel”. On l’espère…

Protectionnisme et austérité

François Hollande s’était déjà prononcé contre le “juste-échange” défendu par Martine Aubry (des droits de douane basés non sur des critères économiques, mais sur des critères humains, comme le respect des Droits de l’Homme et le respect de l’environnement). Il a mis un peu d’eau dans son vin, en défendant la réciprocité des échanges et des législations entre pays, mais on est tout de même loin du compte. D’après lui, “on a besoin de la Chine, on leur achète des produits MAIS on leur vend des matériels”. Sauf que, s’il est évident que nous commerçons bien à double sens avec la Chine et que nous leur vendons de matières premières, la Chine nous vend pour beaucoup, beaucoup plus que ce qu’elle nous achète…

Sur l’austérité, Hollande a promis le retour à l’équilibre budgétaire à l’horizon 2017, promesse condamnée (à juste titre) par Martine Aubry, pour la simple raison que le contexte international est trop incertain pour prévoir maintenant les dépenses que l’État devra faire ou non d’ici à cinq ans. Elle a rappelé que ce genre de promesse n’a pour seul effet que de se lier les mains, en supprimant toute marge de manœuvre éventuelle de l’État dans les moments difficiles. C’est le même principe que l’idée de la “règle d’or”. Elle a rappelé que l’austérité était contre-productive (comme ça a été le cas en Grèce): “Si on baisse les dépenses publiques, on réduit le déficit la 1ère année, mais on casse la croissance sur le moyen et long terme”.

L’égalité femmes-hommes

Malgré les nombreuses relances de Martine Aubry sur ce point (qu’elle a abordé trois fois, en insistant vraiment lourdement la troisième fois), François n’a pas cru bon de parler de l’égalité femmes-hommes. Tout juste a t-il survolé très vaguement et très rapidement ce point lors de sa conclusion, et seulement parce que Martine venait d’insister dessus. Il faut noter aussi qu’il n’en avait quasiment pas parlé dans les débats précédents, tout comme les autres candidats (Valls, Montebourg et Baylet). Seules Martine Aubry et Ségolène Royal avaient abordé le sujet, ce qui est vraiment dommage. D’autant plus que 52% de l’humanité sont des femmes, ça la fout mal quand même.

Conclusion

J’ai essayé de mettre en lumière les grosses différences que j’ai pu voir entre les deux candidats, et les contradictions que j’ai trouvé. S’il ne faut pas tomber dans l’agressivité face à un candidat ni dans les attaques personnelles, il me semble légitime dans un débat de tenter mettre en lumière les contradictions de son adversaire Je ne peux pas prétendre à l’objectivité, puisque je défends Martine Aubry depuis longtemps, mais j’ai essayé de ne reprendre que les arguments qui ont été échangés lors de ce débat. Je ne suis d’ailleurs pas le seul à avoir trouvé Martine Aubry meilleure sur le fond. Si je me suis trompé quelque part ou que j’ai oublié quelque chose, n’hésitez-pas à me le signaler (en com’ ou par twitter), je mettrai à jour le billet.

Les primaires PS seront un succès

Hier s’est tenu sur France 2 le premier débat entre les six candidats aux primaires socialistes. Si dans la forme l’exercice aurait pu être plus, hm, palpitant (ce qui n’est pas vraiment dû aux candidats, mais plutôt à la formule choisie), il aura au moins rassuré sur plusieurs points.

D’une part, tous les candidats ont eu une attitude très professionnelle.  Malgré quelques désaccords marqués sur la fin, le débat est resté à peu près cordial et personne ne veut être celui ou celle qui “foutra la merde”. Ça ne garantit pas que les autres débats se dérouleront aussi cordialement, mais il semble que chacun est bien conscient qu’afficher l’unité et le respect pour ses concurrents est aussi important que de marquer ses différences.

D’autre part, ces primaires intéressent vraiment les Français. Pour preuve le record d’audience du débat d’hier, qui malgré sa relative “lenteur” a réussi à rassembler 4.9 millions de téléspectateurs, plus que Masterchef, l’émission de télé-poub… téléréalité concurrente sur TF1 ! Bien sûr l’intérêt n’est pas seulement suscité par le Parti Socialiste, mais aussi (et surtout) par le côté inédit de cet un exercice démocratique. Les Français veulent avant tout plus de prise sur la démocratie, et ces primaires ouvertes à tous les citoyens de gauche sont un pas en avant dans cette direction. Un pas en avant qui risque de sérieusement ringardiser l’UMP d’ailleurs.

Plus de prise sur la démocratie

Car malgré les tentatives incessantes pour décrédibiliser les primaires du PS, l’UMP n’a rien fait de son côté pour rendre plus démocratique la désignation de son candidat. Au contraire, même. Quand le PS prend le risque d’ouvrir sa primaire à toute la gauche, le principal parti de droite ne fera lui probablement même pas l’effort d’organiser des primaires internes, mais au lieu de cela, se contentera de refourguer de force à ses militants et sympathisants un unique candidat, qui a pourtant déjà beaucoup servi… Un candidat déjà usé, cabossé et décrié de tous bords. Où est le choix à droite ? Où est la volonté de démocratie ?

Le PS a pris un risque avec ces primaires. Le nombre de téléspectateurs et l’intérêt suscité par ce débat démontrent, si c’était encore nécessaire, que dans une situation de crise économique sans précédent, les Français veulent que la politique reprenne le pouvoir face à la finance. Et que le peuple reprenne le contrôle de la politique. Que nous devons renforcer la démocratie avant qu’elle ne plie face à l’argent. La mobilisation le prouvera.

La mobilisation, pour les militants également

Bien sûr, ce serait trop optimiste de croire qu’un téléspectateur implique systématiquement un votant. À cause entre autres de la distance que certains devront parcourir pour aller voter, et qui risque malheureusement de décourager. Le Parti Socialiste n’a certes pas les moyens de l’État, et mettre en place à l’échelle nationale une élection de cette envergure est un défi. Nous avons fait en sorte d’avoir au moins un bureau de vote par canton, et avons mis en place 10 000 bureaux de vote en tout sur le pays. À raison d’une dizaine de volontaires nécessaires par bureau de vote (et il s’agit de volontaires prêts à y passer un dimanche entier, voire les deux dimanches, ce n’est pas forcément facile à trouver), c’est quand même une centaine de milliers de militants et sympathisants qui se mobiliseront sur tout le pays.

Le PS a donc pris un risque avec ces primaires, mais semble plus que jamais conscient de l’importance de l’enjeu. Des candidats aux militants, nous savons que nous n’avons plus le droit d’échouer en 2012. L’enjeu n’est pas seulement la survie du Parti, mais surtout l’avenir du pays, qui ne se relèverait pas de 5 ans de sarkozysme supplémentaires. Si nous voulons défendre des valeurs humaines face à l’individualisme, face à une droite qui creuse volontairement les inégalités et fait tout pour diviser les Français et les dresser les uns contre les autres. Face à une droite qui ne reculera devant aucun coup bas pour conserver le pouvoir. Face à l’injustice, nous devons être tous sur le pont. Ces primaires doivent être un succès.

Et elles le seront.

Primaires – petite question aux formations de gauche

(Note: Cet article a également été publié – et commenté – sur Rue89 sous le titre Pourquoi le reste de la gauche boude t-elle la primaire PS ?)

Sauf contre ordre, il y aura au moins six candidats de gauche à la présidentielle de 2012:

  1. Lutte ouvrière – Nathalie Arthau
  2. Nouveau Parti anticapitaliste – Philippe Poutou
  3. Front de Gauche – Jean-Luc Mélenchon
  4. Mouvement républicain et citoyen – Jean-Pierre Chevènement
  5. Europe Écologie Les Verts – Eva Joly
  6. Parti Socialiste – Le vainqueur des primaires

Je sais pas vous, mais moi avec la montée de l’extrême droite, ça me donne l’impression qu’on prépare avec minutie un remake du 21 avril 2002, avec un choix entre la Peste et le Choléra au deuxième tour. Ça fait un moment que je me pose la question de la pertinence de présenter autant de candidats de gauche, tout en sachant que sur le lot, il n’y a que le candidat Socialiste qui aura une chance de passer le premier tour (Eva Joly étant la plus proche dans les intentions de vote pour l’instant, mais même si elle fait un bon score, les chances qu’elle arrive devant le candidat PS sont quasiment nulles). Est-ce que cela veut dire que les autres candidats de gauche sont inutiles ?

Pourquoi tant de… candidats ?

Non bien sûr, les autres candidats de gauche ne sont pas inutiles. Nous sommes dans une démocratie, et la gauche française est diverse. Il n’y a pas un seul modèle d’électeur de gauche qu’on aurait cloné, mais des électeurs motivés par différentes valeurs, et avec des priorités différentes. Certains voteront en priorité pour l’aspect écologique, d’autres se retrouvent plus dans les discours anticapitalistes ou de démondialisation, etc. Ne proposer à tout ce beau monde que le choix entre le candidat du PS ou rien serait donc non seulement irrespectueux des valeurs de chacun, mais aussi stupide.

Irrespectueux car en n’offrant que le candidat socialiste comme seul choix de gauche, on nierait à tous ceux et toutes celles qui ne se retrouvent pas dans ce candidat le droit d’exprimer une opinion différente. Stupide parce que vouloir faire rentrer tout le monde dans le même moule de force risquerait au final de favoriser l’abstention. Nous allons aux urnes avec des convictions, et les électeurs des partis de gauche minoritaires ont le droit d’exprimer les leurs, tout autant que les électeurs des partis institutionnellement dominants (PS et UMP). Ils le font au premier tour parce qu’ils le peuvent, et choisissent généralement de voter “utile” au second tour uniquement, en sachant qu’ils ont tout de même pu s’exprimer au premier. Mais si on leur enlève la possibilité d’exprimer des convictions différentes au premier tour, en ne leur laissant que le choix du vote “utile-forcé”, on peut s’attendre à plus d’abstention, non seulement au premier, mais aussi au deuxième tour.

Il y a un autre intérêt, plus terre-à-terre, à conserver une multitude de candidats de gauche, et qui est souvent mis en avant par ceux qui votent pour ces formations dites minoritaires, c’est d’influencer le vainqueur. Ainsi un vote massif pour le candidat écolo encouragerait le candidat socialiste à faire un programme plus écolo. Un vote pour les candidats de partis plus à gauche permettrait de “tirer le PS vers la gauche”. Ici, le nombre de candidats de gauche permet de savoir plus précisément l’influence de chaque parti à gauche, et de mesurer le rapport de forces, avec l’idée d’influer sur la politique du vainqueur, à défaut de pouvoir le choisir. En gros, puisque nous n’avons (pour l’instant) pas le choix d’un autre vainqueur à gauche que le candidat (ou la candidate) socialiste, faisons-lui au moins comprendre ce que nous attendons.

Ces motivations (permettre à chacun d’exprimer ses convictions, et mesurer avec précision le rapport de forces à gauche) sont légitimes. Il y en a probablement d’autres, mais celles-ci me semblent les principales. Néanmoins, il reste que nous prenons collectivement un risque significatif à présenter six candidats différents: celui de n’avoir aucun candidat de gauche au second tour. Alors, est-ce qu’il n’y aurait pas un moyen de mitiger ce risque, sans perdre les bénéfices du multipartisme à gauche ? Et, si possible, sans appeler au “vote utile”, ce qui a le don d’énerver.

Il faudrait des primaires ouvertes pour toute la gauche

Ce qui serait pas mal, finalement, ce serait des primaires où tous les partis de gauche pourraient participer, et où tous les sympathisants de gauche pourraient se prononcer. Chaque parti de gauche pourrait présenter son ou ses candidat(s), et le vainqueur serait désigné comme candidat commun. Ainsi les formations de gauche pourraient présenter un candidat unique à la “vraie” élection présidentielle, minimisant le risque de se planter, tout en gardant les avantages des multiples candidats. Chaque électeur de gauche pourrait voter en son âme et conscience aux primaires, et son choix aurait même peut-être plus de chances d’influer sur le débat, puisque ce débat serait limité à des candidats partageant des valeurs de gauche. Cela permettrait aussi de mesurer avec précision les forces en présence de notre côté de l’échiquier politique. Ce serait même à l’avantage des petits partis, qui seraient mieux représentés dans un électorat uniquement à gauche.

Mais il y aurait aussi d’autres avantages probables à cette approche. Ainsi les débats pré-primaires pourraient porter sur des questions importantes à gauche, sans être (trop) pollués par les fumigènes de la droite. Pour ceux qui accusent les candidats socialistes d’être trop timorés, un débat avec des candidats d’autres partis les forcerait à prendre position sur des sujets importants. Cela donnerait également la parole à des candidats qui estiment ne pas être assez visibles médiatiquement.

Si ce genre de primaires arrivait à attirer plus d’électeurs de gauche (que les primaires du seul PS), le candidat désigné bénéficierait aussi de plus de crédibilité. On peut également espérer une mutualisation (partielle) des ressources des partis de gauche une fois le candidat désigné. Plutôt que de faire six campagnes différentes et de risquer de se tirer dans les pattes au passage, les partis s’engageraient ensemble autour d’un même candidat. Face à l’UMP et à ses ressources financières et médiatiques plus importantes (budget com’ et relations avec les grands médias), ce ne serait pas forcément du luxe.

Ah ben zut, c’est déjà le cas

Bon il y aurait aussi probablement des désavantages. Tous les partis de gauche n’arriveront pas forcément à s’entendre facilement, ou pas du premier coup. Certains partis ne voudront pas participer aux primaires mais présenter directement leur candidat à la présidentielle. Mais d’une manière générale, avec un peu de bonne volonté de part et d’autre, les avantages semblent l’emporter sur les inconvénients, et ça pourrait même être une piste pour aider la gauche à se rassembler, qui sait ? Dommage qu’on ait pas fait ça pour 2012.

Sauf que, en fait les primaires du PS sont déjà ouvertes aux autres partis. Ou du moins l’étaient, puisque les inscriptions pour les candidats se sont terminées le 13 juillet. Donc tous les partis, de EELV à Lutte Ouvrière, qui la plupart ont déjà désigné leur candidat, pouvaient le présenter aux primaires du PS. Pourtant seul le Parti radical de gauche a fait ce choix, en présentant Jean-Michel Baylet aux primaires du PS. Et aucun parti autre que le PRG ne semble même avoir envisagé (publiquement en tout cas) cette possibilité. Pourquoi ce choix ? Est-ce qu’il s’agit finalement uniquement de montrer leurs muscles et leur pouvoir de nuisance ? J’espère que non.

Mais face au risque bien réel de se retrouver avec la Marine au deuxième tour, et de reprendre donc pour cinq ans de (Sar)choléra, je voudrais comprendre pourquoi les autres partis de gauche n’ont pas accepté de jouer le jeu. Il y a sûrement des raisons, alors je pose la question aux sympathisants de ces partis (ou aux responsables, si certains veulent bien répondre): qu’est-ce qui motive ce choix de ne pas participer ? Les primaires socialistes ne sont probablement pas exemptes de tout reproche, mais tout de même, est-ce qu’il n’y avait pas là une opportunité d’essayer une approche différente, pour une élection capitale ?

Émeutes: des analyses à côté de la plaque

La faute aux autres

La revue de presse du Figaro sur les émeutes est assez effrayante, car elle met en lumière une analyse très spécifique – et erronée – des causes dans la presse britannique. Ainsi on y pointe les excès de la société de consommation, car les émeutiers sont également pilleurs, venant “de familles défavorisées et marquées par le chômage. Ces jeunes ont pillé les magasins car ils en avaient l’opportunité et n’avaient rien à perdre”. Ainsi “Ce [ne serait] pas tant le désespoir d’un ghetto que la décadence (d’une époque)». Ou le culte de la violence ou des gangs qui serait «largement tolérée par les membres de la communauté noire qui a perdu le contrôle de ses jeunes». Un autre pousse même le ridicule jusqu’à y voir “une conséquence de la disparition de la famille traditionnelle.” Pour lui, “nombre des émeutiers pâtissent de l’absence de leur père et d’une influence masculine dans leur foyer”.

Oulà dites donc, que de clichés.

On peut comprendre que la presse britannique, forcée de réagir à chaud et de l’intérieur, soit plutôt sévère avec les émeutiers. Le problème c’est que ces explications, bien que certaines soient attrayantes, ne suffisent pas. Oui on pille à Londres, mais le pillage n’est qu’une conséquence, pas une cause des saccages. En pointant ces pillages, nous cherchons inconsciemment un moyen de dédouaner les responsables, en écartant d’un revers de main les véritables causes. “C’est la faute à la décadence, aux pauvres qui veulent vivre au dessus de leurs moyens et qui se laissent trop influencer par la société de consommation. Et puis bon, ils ont le culte de la violence, les noirs.” C’est tout juste si ça leur ferait pas plaisir de casser des trucs, comme passe temps. Bon, loin de moi l’idée de défendre la société de consommation, hein, mais croire que les pauvres seraient plus décadents que les riches, ou que les noirs seraient plus violents que les blancs, c’est tellement bête (et méprisant) que l’explication doit être ailleurs.

En cherchant bien…

En fait quand on regarde différentes émeutes, révoltes ou révolutions qui ont eu lieu ici ou là dans le monde, la constance est bien le désespoir. La colère qui pousse à bout tous les émeutiers du monde, c’est la colère face aux inégalités, face aux injustices ou aux discriminations, et surtout face à la pauvreté. C’est le cas en France quand des agriculteurs saccagent une préfecture (il ne s’agit pas ici de la minorité d’agriculteurs très aisés qui bénéficie du gros des aides – injustement réparties – de la PAC, mais bien de la majorité d’entre eux, ceux qui ont du mal à joindre les deux bouts). C’est le cas également des révoltes du printemps arabe, des indignés d’ici ou de là, et c’était même le cas des révolutionnaires de 1789 en France. En 1789, il n’y avait ni beaucoup de noirs, ni beaucoup de fashion-addicts, et pas plus d’accros à la télé. Et pourtant la révolution fut sanglante, et pas mal de gens ont profité du désordre pour piller (pas les Apple stores, certes) et se remplir les poches au passage.

Il ne s’agit pas d’excuser – et certainement pas de justifier – les émeutes actuelles à Londres, ni même de les comparer à la Révolution française. Mais nous devons essayer d’en comprendre les véritables causes, celles qui peuvent pousser toute une population à se révolter ainsi contre l’autorité. Parce que ce n’est pas en nous bornant à ne voir que les symptômes que nous trouverons des solutions. Ainsi, l’explication par la “décadence” appellerait naturellement à des solutions répressives: toujours plus de contrôles, des peines toujours plus lourdes (bien que la méthode ait prouvé son inefficacité jusqu’à présent), et toujours plus de stigmatisation, voire, soyons fous, le retour de l’ordre moral pour discipliner tout ce beau monde. C’est refuser de voir que c’est l’explosion du chômage, aggravé par la crise, et surtout de la pauvreté qu’il entraîne, qui est directement responsable.

La lutte contre la pauvreté: la première des priorités

Mais même si la pauvreté n’était pas une cause directe, arriver à la réduire efficacement entrainerait tout de même mécaniquement une diminution des saccages et des pillages de ce type, voire même de la petite délinquance tout court. Reprenons la citation la moins déb… la plus à propos de l’article: “Ces jeunes ont pillé les magasins car ils en avaient l’opportunité et n’avaient rien à perdre”. Rien à perdre. Et voilà. Voilà pourquoi la petite délinquance est surtout le fait des plus défavorisés: le rapport bénéfice / risque est bien plus élevé quand on a rien. Pas besoin de réfléchir bien longtemps pour comprendre qu’on pille plus volontiers un magasin (quelques centaines d’euros de butin tout au plus par personne) si on n’a rien, que si on a assez de ressources pour pouvoir se payer ce qui s’y vend, le risque de se faire prendre étant à peu près le même dans les deux cas. S’il y a moins de (petite) délinquance à Neuilly sur Seine qu’ailleurs, ce n’est pas parce que les Neuillésois seraient “naturellement plus honnêtes” que les autres, ou pétris de meilleures valeurs morales. C’est juste qu’ils ont suffisamment de revenus pour que le risque n’en vaille pas la chandelle de leur point de vue.

À court terme, le déferlement policier peut sembler une rustine acceptable. Mais c’est seulement en luttant efficacement contre les inégalités et contre la pauvreté, sur le long terme, que nous améliorerons durablement la situation. Pour tout le monde.

Tous pourris ? Nous devons nous intéresser à la politique

Tous pourris

“Tous pourris”. Vous avez sûrement déjà entendu ça quelque part. Le sentiment est très répandu quand on parle de nos hommes et femmes politiques, et pas complètement infondé. Sans même parler des scandales, on ne compte plus les élus qui s’en mettent plein les poches, malgré un contexte de serrage de ceinture généralisé. Difficile d’admettre que des types qui touchent entre 5000 et 10000 euros par mois sont censés nous représenter. Qui croit encore qu’un ministre qui bénéficie d’un logement de fonctions de plusieurs centaines de mètres carrés au frais du contribuable est le mieux placé pour défendre les intérêts du smicard lambda ? Ces gens-là ont-ils seulement idée de ce que sont les fins de mois difficiles ? Au mieux, ils ont oublié depuis longtemps, au pire, ils ne les ont jamais connues. Et malheureusement cet égoïsme est répandu à droite comme à gauche (dans des proportions peut-être un peu différentes cependant, mais là n’est pas le sujet). De quoi vous dégoûter de la politique. Si l’abstention est aussi forte aujourd’hui, si l’extrême droite et l’extrême gauche progressent, ce n’est pas pour rien.

Le problème de l’abstention, comme des votes extrêmes, c’est que nous, citoyens, risquons de perdre progressivement le peu de contrôle qu’il nous reste de la politique. Et donc de la démocratie.

Tous pourris, vraiment ?

Mais essayons d’abord d’envisager le problème sous un autre angle: tous les politiques sont-ils véritablement égoïstes? Est-ce qu’il n’y en a pas dans le lot quelques-uns qui seraient motivés par autre chose que leur intérêt personnel ? En cherchant bien, on arrive quand même à trouver quelques grandes figures politiques, présentes ou passées, qui poursuivent ou poursuivaient un idéal. Des hommes et femmes qui se battent ou se sont battus pour une cause, au point de donner parfois l’impression d’être seuls contre tous, parce que leurs collègues ne les soutiennent pas ou n’osent pas les soutenir publiquement, ou que les médias les ignorent.

On pourrait citer ici des monstres sacrés comme Jaurès (que certains tentent de récupérer), Gandhi, Mandela, ou plus proche de nous, des gens comme Barack Obama ou Tenzin Gyatso (l’actuel dalaï-lama et prix Nobel de la paix 1989), et quelques autres. Mais on peut trouver des gens désintéressés sans aller jusqu’à piocher dans ce genre de figures célèbres. Personnellement je penserais par exemple à quelques élus locaux que je connais, ou des candidats malheureux (et candidates malheureuses) à des élections locales, voire à quelques militants impliqués (jamais élus ni même candidats) dont le dévouement n’a pas toujours été récompensé, mais dont la sincérité n’est pas à mettre en doute. Vous connaissez peut-être ce genre de personne sincères à qui on confierait tout ? Eh bien il y en a qui s’engagent en politique. Si si, je vous assure. En fait une partie des militants des divers partis politiques français sont même plutôt sincères. Pas tous, bien sûr, loin de là (comme dans la vie), mais une chose est sûre: il y a certainement plus de sincérité à la base des partis politiques qu’à leur sommet. Et dans le lot, il y a forcément des gens qui sont à la fois sincères et compétents. C’est de ce genre de dirigeants dont nous avons besoin.

L’explication

Maintenant la question, c’est: pourquoi ces gens-là, qui sont sincères et compétents, ne sont-ils pas ceux qui arrivent aux postes à responsabilité ? Pourquoi les postes à responsabilité sont ils principalement occupés par des hommes et des femmes intéressés, voire égoïstes, avides de pouvoir, et rarement compétents, alors qu’il y existe dans le lot de bien meilleurs choix ?

Il y a plusieurs raisons à ça (à explorer peut-être dans un prochain billet ?), mais une des principales, celle qui nous intéresse ici en tout cas, me semble être le fait que les gens sincères vont rapidement se retrouver isolés. C’est un peu le même mécanisme qui fait qu’un député qui proposerait à ses collègues de se voter une augmentation de salaire sera plus populaire parmi les autres députés qu’un qui proposerait une diminution de leurs indemnités et avantages. Le premier sera soutenu, plus ou moins, le deuxième pestiféré. Les soutiens se trouvent plus facilement lorsqu’il y a un intérêt commun, malheureusement, surtout dans un environnement comme la politique où l’égoïsme est très répandu. Ce mécanisme favorise à son tour les comportements intéressés. À ça on peut rajouter le fait que ceux et celles qui ne sont pas là par intérêt personnel (ou une partie d’entre eux, au moins) finiront par être dégoûtés de la politique, par “lâcher l’affaire” en quelque sorte. D’où un cercle vicieux qui promeut l’égoïsme au sommet.

L’anecdote

J’ai une petite anecdote à ce propos. Ça se passe un peu avant une élection locale. C’est l’histoire d’un candidat qui avait fait la preuve de ses compétences, très connu et respecté dans son fief. Il aurait probablement assuré la victoire à son parti sans trop de difficultés. Sauf que, quelques mois avant les élections, un autre candidat se pointe dans le même parti, un opportuniste (je schématise hein, pour faire court). Cette personne n’a pas de programme sérieux, c’est vrai, mais il s’agit d’une petite section, d’une circonscription peu politisée, qui compte donc très peu d’adhérents. Et ce sont les adhérents de la section qui désigneront le candidat. Alors il fait inscrire sa femme et ses enfants au parti en question, ainsi que ses proches, et fait du lobbying. Par ses méthodes, il finit par dégoûter une bonne partie du peu d’adhérents que compte la section, qui rendent leur carte du parti pour protester. Et lors de la primaire locale, le voilà désigné candidat… par ses proches uniquement. Voilà l’égoïsme et l’opportunisme récompensés. Comme toujours ?

L’égoïsme en politique, une fatalité ?

Alors, est-ce qu’il n’y aurait pas moyen d’inverser la tendance, de faire en sorte que ceux qui montent dans la hiérarchie soient les plus valables ? De promouvoir la sincérité et l’honnêteté ? C’est certainement possible, mais ça ne va pas se faire en un jour. Et surtout, ça ne va pas se faire tout seul. Parce qu’ils n’auront pas le soutien de leurs pairs, majoritairement égoïstes, ils ont besoin de nous. Les hommes et femmes politiques sincères ont besoin du soutien de sympathisants, de militants et d’électeurs sincères. L’ironie de ma petite histoire, c’est que si les adhérents sincères étaient restés dans le parti en question malgré les méthodes malhonnêtes du deuxième candidat, ils auraient pu voter contre lui à la primaire locale, et auraient probablement pu s’en débarrasser. Et ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres: celui qui proposerait de réduire les privilèges des élus aurait besoin du soutien explicite des militants de son parti et des électeurs pour faire aboutir ce genre d’idées.

Alors bien sûr, ça ne sera pas facile. L’inertie des grands partis rend difficile (mais pas forcément impossible) toute tentative de les faire évoluer et de les améliorer. Et tout le monde n’a pas forcément le temps libre nécessaire pour militer en politique, ni même l’envie. Mais il nous faut au minimum faire l’effort de nous intéresser au sujet politique. Paradoxalement, la réaction naturelle face à l’égoïsme en politique serait de s’en désintéresser, mais cette réaction est contre-productive.

Nous devons nous intéresser à la politique, justement parce que l’égoïsme y est tellement répandu, et que si nous voulons le combattre, nous devons le connaître.